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L’antispécisme est un humanisme
Un autre reproche qui m’est souvent fait est de défendre l’antispécisme. Cette doctrine affirme que le critère de l'espèce à laquelle appartient un être n'est pas, en soi, moralement pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter, du respect qu'on lui doit et des droits qu'on doit lui accorder. Les antispécistes s'opposent donc à l'exploitation et la maltraitance des individus, ou d'autres espèces animales de la part des humains, en particulier, la consommation de la viande, qui implique de tuer des animaux, et, en pratique, de les soumettre à des conditions d'élevage qui ne tiennent pas compte de leurs intérêts. Au-delà de telles conséquences pratiques, le rejet du spécisme est souvent vu comme porteur d'implications philosophiques, culturelles et politiques profondes. A ce titre, les antispécistes encourent régulièrement le reproche d'anti-humanisme, dans le sens où cette doctrine refuse à l'être humain ce caractère sacré et/ou soi-disant naturel qui le placerait au-dessus des autres animaux. Seulement, l’antispécisme ne concerne pas uniquement nos amis les animaux. Si vous relisez correctement la définition que je viens de donner, vous lirez;: " le critère de l'espèce à laquelle appartient un être n'est pas, en soi, moralement pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter, du respect qu'on lui doit et des droits qu'on doit lui accorder ". La pensée spéciste veut qu’il y ait une hiérarchie entre les êtres vivants, et donc également chez les humains. Toute forme de racisme ou de sexisme par exemple, relève donc du spécisme. On ne peut alors se permettre d’avancer que l’antispécisme est antihumanisme. Et pourtant, la majorité de la population est spéciste. Cette doctrine reçoit également nombre de moqueries dans nos sociétés actuelles. Bien souvent, les gens se déclarent pour le bien-être animal, consomment de la viande à outrance. Mieux encore, ceux qui déclarent que le bien-être animal n’est pas important défendent les causes homosexuelles ou autres. Je classe sans hésiter ces deux catégories de personnes dans les spécistes, pour la simple et bonne raison qu’ils ne respectent pas la définition que j’en ai donné plus haut. La majorité des personnes que j’ai interrogée au sujet des moqueries sur l’antispécisme n’était finalement pas capable de m’en donner une définition exacte, ni même de me donner des arguments pertinents, si bien que pour toute réponse, ils n’ont été capables de me répondre qu’une série de phrases dépourvues de sens et de raison. Toujours par rapport à la définition précédente, l’égalité que prône l’antispécisme concerne les individus, la vie de manière plus générale. Les intérêts des individus (à vivre une vie heureuse, à ne pas souffrir) doivent être pris en compte de manière égale, indépendamment de l'espèce de ces individus. L'espèce peut intervenir, mais uniquement dans la mesure où il en résulte quelque caractéristique pertinente pour la détermination des intérêts. C'est pourquoi il est moins grave, écrit Singer, de donner une claque (de même intensité) à un cheval qu'à un bébé humain car la peau du cheval est plus épaisse que celle du bébé, et sa souffrance effective sera donc moindre. Ce n’est évidemment pas une raison pour aller frapper un enfant, même si selon vous la raison est valable, car il faut toujours penser à la souffrance physique et parfois morale que cela peut occasionner. Les antispécistes ne
prônent donc pas forcément une égalité de droits ni de traitement. En effet, il
serait absurde d’accorder à une poule l’accès à l’université ou à un homme (de
sexe masculin) le droit à l’avortement. Mais plusieurs choses sont à prendre en
compte: Les intérêts des individus comme évoqués plus haut, ou encore la
souffrance occasionnée. En cela, l’antispécisme se rapproche de la pensée
utilitariste, et donc de l’humanisme. A la lecture d’un tel
paragraphe, on risque à nouveau de me reprocher d’être contre la religion. Je me
répète, c’est totalement faux. Il est vrai que la religion chrétienne ne me
convient guère. Mais certaines religions majeures se rapprochent de
l’antispécisme. C’est le cas du bouddhisme ou de l’hindouisme qui croient en la
réincarnation. Je ne suis pas un expert, mais la notion d'être sensible, qui,
quelle que soit l'espèce à laquelle il appartient, procède de l'esprit
fondamental du Bouddha, et est donc centrale dans le bouddhisme. C'est parce que
tous les animaux sont dotés de cette âme commune à tout être vivant qu'il
convient de ne pas les tuer. Tous les textes sacrés, qu'ils soient hindous ou
bouddhistes enseignent le respect envers toutes les créatures vivantes (si je ne
m’abuse, il s’agit de la notion de l'ahimsa) comme valeur suprême et idéal le
plus élevé. Pour en revenir à la notion d’humanisme, et plus particulièrement à
la religion, je serais tenté de dire que si religion il doit y avoir, le
bouddhisme me semble la plus adaptée. Par Vincent Leroux. |
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